Si plus de trois siècles séparent Galilée des inventeurs du microscope à effet tunnel, ils usent des mêmes stratégies pour répondre aux virulentes critiques de leurs détracteurs.
Catherine Allamel-Raffin
La lunette de Galilée et le microscope à effet tunnel n'ont, semble-t-il, rien en commun, si ce n'est leur statut d'instruments scientifiques. La première a été inventée au
xviie siècle, le second est un pur produit du
xxe siècle. La lunette révéla la nature des planètes et de la Voie Lactée ; le microscope à effet tunnel permit de visualiser pour la première fois… des atomes.
Et pourtant… À leurs époques les inventeurs de ces deux instruments révolutionnaires se sont battus pour convaincre leurs pairs de la véracité de leurs observations. Comment s'y sont-ils pris ? Y a-t-il des points communs entre leurs argumentaires ? Dans les années 1980, le philosophe et historien des sciences américain Allan Franklin a répertorié les stratégies mises en œuvre par les scientifiques pour se persuader de leurs résultats expérimentaux. En analysant avec cette grille de lecture, les stratégies de Galilée et des inventeurs du microscope à effet tunnel, nous avons observé que celles-ci étaient similaires. Ainsi, la grille de A. Franklin dessinerait une unité de la démarche scientifique qui transcende les différentes époques.
Galilée effectue ses premières observations à l'aide de sa lunette fin 1609 - début 1610 et les publie dans le Messager Céleste. Il observe que la surface de la Lune est montagneuse, comme la surface terrestre, que la Voie Lactée est constituée d'une multitude d'étoiles et que Jupiter est doté de quatre satellites.
Le microscope à effet tunnel (ou STM, pour Scanning Tunneling Microscope) est inventé en 1981 par Gerd Binnig et Heinrich Rohrer, qui obtiennent pour cette découverte le prix Nobel de physique en 1986. En sondant la matière à l'échelle atomique, il ouvrit la voie aux nanotechnologies. Fait surprenant,...