Dès la fin des années 1930, un ingénieur des Eaux et Forêts des colonies perçoit la précarité de l'équilibre entre les zones désertiques et tropicales africaines liée à l'activité humaine, et propose des solutions. Ses conseils restent lettre morte.
Annette Lexa-Chomard
La désertification touche 40 pour cent de la surface de la Terre et implique un milliard d’êtres humains. Elle est considérée comme une problématique environnementale majeure du xxie siècle, au point que l’on envisage de qualifier la lutte contre ce désastre de bien public mondial. Ce consensus est récent : l’unesco ne lance son premier programme international de recherche sur les zones arides qu’en 1951. Pourtant, dès la fin des années 1930, une mission forestière officielle franco-anglaise saisissait la complexité du processus de dégradation des sols et ses enjeux, et préconisait des mesures de sauvegarde. Un de ses membres, André Aubréville (1897-1982), fit de cette cause le combat d’une vie et inventa, en 1949, la notion… de désertification.
Originaire de Lorraine, André Aubréville fait ses études à l’École polytechnique avant d’être embauché, en 1925, comme chef de service dans le tout jeune corps des ingénieurs des Eaux et Forêts des colonies, créé deux ans plus tôt. Parallèlement à la gestion pérenne de l’exploitation forestière et des réserves d’eau, il enrichit les connaissances en botanique des forêts de l’Afrique équatoriale et occidentale française, alors quasi nulles. Il publiera six flores, dont trois de la forêt d’Afrique tropicale, qui deviendront des ouvrages de référence.
La mission Nigeria-Niger
En 1935, suite à un voyage dans les colonies africaines anglaises et françaises, le géographe écossais E.P.Stebbing met en garde contre le débordement du Sahara. Dans un article publié dans le Geographical Journal, Stebbing constate une déforestation conduisant à une érosion des sols et craint que les vents de sable du Sahara sur les sols dégradés n’entraînent un débordement du désert sur le Sahel : le Sahara au Nord de Tahoua (Niger) avance à une vitesse moyenne de un kilomètre par an. Le géographe s’appuie sur des...