Armé d'un projet scientifique original, d'une volonté de fer et d'appuis stratégiques, Jean-Martin Charcot gravit avec acharnement les échelons de la médecine parisienne du xixe siècle.
Jean-claude Dupont
Monsieur Charcot, par l'importance de ses travaux, s'est placé au premier rang des Médecins Français. Son nom est aussi connu à l'Étranger qu'en France, et si dans l'histoire des progrès modernes et de la pathologie des centres nerveux, notre pays, de l'avis de tous les peuples rivaux, occupe le premier rang, c'est incontestablement aux découvertes de M. Charcot que nous en sommes surtout redevables.
Cet éloge de Jean-Martin Charcot, prononcé par Alfred Vulpian (1826-1887), son ami de toujours, à l'occasion de sa candidature à l'Académie des sciences en novembre 1883, reflète, malgré la subjectivité de l'exercice, une réalité : le professeur Charcot est au sommet de sa gloire, tout-puissant, honoré même par « les peuples rivaux » : Allemands, Anglais, Italiens, Russes. Partout, il est reconnu comme une des trois gloires biomédicales nationales, avec Louis Pasteur (1822-1895) et Claude Bernard (1813-1878).
Sa mort en 1893 suscite une multitude de panégyriques. Presque tous ses élèves – Bourneville, Joffroy, Gilles de la Tourette, Féré, Janet, Raymond – célèbrent le Maître. En 1925, on fête le centenaire de sa naissance : nouveaux éloges de ses contemporains encore vivants – Pierre Marie, Joseph Babinski, et bien d'autres. Charcot n'est-il pas le maître de l'hystérie, le créateur de la première chaire de neurologie au monde ? Même Freud y va de son compliment : « Charcot est à la fois un des plus grands médecins et un homme dont le bon sens a quelque chose de génial. »
Puis, brusquement, hormis la très honnête biographie de Georges Guillain (1959), quatrième successeur de Charcot à la Salpêtrière après Fulgence Raymond, Jules Déjérine, et Pierre Marie, le silence se fait. On se désintéresse de Charcot. Réaction au pouvoir que lui et son école ont trop longtemps exercé ? Mais Charcot est aussi boudé à l'étranger : le fameux...