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Les Génies de la science N°40 - aout - octobre 2009

dossier - Histoire de la physique

07. À la tête d'une École

Directeur de l'École supérieure de physique et chimie industrielles de 1976 à 2002, Pierre-Gilles de Gennes met en pratique ses idées sur l'enseignement et la recherche : esprit d'initiative, pluridisplinarité et brassage des idées sont ses mots d'ordre.
Laurence Plévert
En 1976, le laboratoire de Pierre-Gilles de Gennes au Collège de France atteint son rythme de croisière. Déjà bien établie, la notoriété du physicien est consolidée grâce à ses succès en science des polymères. Par ailleurs, il ne manque pas de sujets de recherche à explorer. Il se lance pourtant dans une nouvelle aventure en acceptant de prendre la direction d'une école d'ingénieurs : l'espci (École supérieure de physique et chimie industrielles), à Paris.

Cette école était née des cendres de la plus grande école d'ingénieurs de chimie en France, créée en 1822 à Mulhouse. De fait, quand, en 1870, la France avait perdu l'Alsace et la Lorraine, elle s'était aussi privée de cette école de qualité. Toutefois, quelques-uns de ses professeurs, dont le chimiste Charles Lauth, avaient rejoint Paris et cherché à y créer une nouvelle école de chimie. Le ministère ayant rejeté leur demande, Charles Lauth avait soumis le projet au Conseil de la Ville de Paris qui, en 1882, avait accepté de financer une école d'ingénieurs, non de chimie, mais de physique et de chimie : gratuite, l'empci (École municipale de physique et de chimie industrielles) avait longtemps attiré de très bons élèves de milieu modeste. En 1948, elle était devenue l'espci et se prévalait déjà d'un passé prestigieux : Pierre et Marie Curie, prix Nobel en 1903, y avaient découvert le radium, Paul Langevin, diplômé de la neuvième promotion, en avait été le directeur de 1925 à 1946, et Frédéric Joliot-Curie, prix Nobel en 1935, était aussi un ancien élève.

Pierre-Gilles de Gennes connaît bien l'école pour y avoir enseigné la mécanique quantique de 1965 à mai 1968 ; il avait alors démissionné avec perte et fracas pour dénoncer le conservatisme de la direction, allant jusqu'à épingler sa lettre de démission sur le tableau d'affichage (à la Faculté d'Orsay, en revanche, aucun acte contestataire n'est à...

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ESPCI-CRH / photo Dominique Morisseau

Pierre-Gilles de Gennes donnant une conférence sur les polymères adsorbés dans les années 1980.

L'auteur

Docteur en physique et journaliste scientifique, Laurence Plévert a récemment publié deux ouvrages :

- Nanosciences. La révolution invisible (Seuil, 2008), avec Christian Joachim

- Pierre-Gilles de Gennes. Gentleman physicien (Belin, 2009).

Sauf mention contraire, les citations de ce dossier sont issues d'une série d'entretiens qu'elle a eus avec Pierre-Gilles de Gennes et ses collaborateurs entre 2005 et 2008.

 


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Collection particulière

Pierre-Gilles de Gennes aimait illustrer ses conférences pour un large public d’expériences concrètes. Le voici présentant l’expérience du « bâton collé » : dans un récipient cylindrique au moins deux fois plus haut que large, on maintient immobile un bâton à la verticale et on verse du sable en plusieurs fois (deux à trois centimètres à chaque fois), en tapotant le récipient de tous côtés avec un second bâton. Lorsque le récipient est rempli, on soulève le bâton : le récipient vient avec, comme si le sable était devenu du béton. Deux hypothèses pourraient expliquer le phénomène :

1) en se tassant, les grains de sable s’organiseraient spontanément en voûtes de contact entre le bâton et la paroi du récipient, qui opposeraient une résistance suffisante lorsque l’on soulève le bâton pour maintenir la cohésion ;

2) comme dans un paquet de café sous vide, le bloc de sable serait si tassé qu’il ne pourrait se déformer qu’à la condition de se dilater au préalable, ce que le bâton ne peut induire. Question subsidiaire : comment décoller le bâton ?

               

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