En 1971, Pierre-Gilles de Gennes est élu au Collège de France. Il quitte le lps d'Orsay et monte un laboratoire expérimental et interdisciplinaire. Au programme ? Membranes, polymères, adhésion, mouillage, etc. – bref, la matière molle.
Laurence Plévert
Une chaire au Collège de France – le plus prestigieux des établissements français d'enseignement et de recherche – ne se refuse pas… Les cours y sont dispensés par des professeurs qui figurent parmi les chercheurs les plus éminents de notre pays. Ils n'étaient que six, appelés « lecteurs royaux », à la création du Collège en 1530, désignés par François Ier pour enseigner des disciplines qui faisaient défaut à l'Université de Paris, telles que les mathématiques ou le grec. « Il s'agissait, déjà à l'époque, de pallier les insuffisances de l'université », remarquait Pierre-Gilles de Gennes. Ce Collège Royal, devenu le Collège de France en 1870, s'est maintenu à un excellent niveau grâce à son système d'attribution des chaires. En effet, lorsqu'une chaire se libère (à la suite d'un départ en retraite ou d'un décès), les professeurs l'attribuent à un chercheur avec, pour seuls critères, sa renommée et la qualité de ses travaux, de quelque discipline qu'ils soient.
Pierre-Gilles de Gennes est ainsi élu en 1971, succédant au physicien Jean Laval – « un vieux monsieur énergique, arrivé à la force du poignet (il était instituteur à l'origine), qui avait mené des recherches sur la diffusion des rayons X par les cristaux ». Dès lors, le théoricien s'attelle à la difficile tâche de donner, chaque automne, un cours au Collège. Ce n'est pas une mince affaire, car le professeur doit renouveler le thème de son cours tous les ans. En outre, son enseignement doit présenter les résultats les plus récents dans son domaine de recherche, en s'adressant aussi bien au tout-venant qu'au spécialiste. En effet, n'importe qui, sans s'inscrire, ni justifier d'un quelconque niveau universitaire, peut suivre des cours au Collège. Pierre-Gilles de Gennes tient à se montrer à la hauteur et ne ménage pas sa peine. « À partir du moment où il est entré au Collège, il a passé une partie de ses étés...