Actualité : Une critique du progrès

Actualités | 13/01/2009 | Réagir à cet article
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Histoire des techniques

Une critique du progrès

Au XIXe siècle, en pleine révolution industrielle, Eugène Huzar annonçait La fin du monde par la science !
Bénédicte Leclerc

« La main humaine, en frappant les forêts, peut amener des révolutions dans l'état atmosphérique, des débordements des fleuves, des inondations, [...] des épidémies. »

« Ces centaines de billions d'acide carbonique et d'oxyde de carbone pourront bien troubler un peu l'harmonie du monde. »

 

Paroles d'un environnementaliste d'aujourd'hui ? Non, celles d'un catastrophiste du XIXe siècle, dénommé Eugène Huzar, qui a été redécouvert par l'historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz, maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris.

 

En 1855, Huzar annonçait rien de moins que La fin du monde par la science, dans un texte que J.-B. Fressoz vient de rééditer. Son lyrisme et son exagération prêtent à sourire, mais certaines mises en garde résonnent comme des prophétiesaujourd'hui.

 

Bien heureusement, l'introduction de J.-B. Fressoz nous guide dans la lecture de ce texte déroutant. D'abord le style emporté le resitue dans son époque : nombre de romanciers du XIXe siècle ont imaginé des fins du monde (par refroidissement de la planète, déluge, comète, etc.). Ensuite, après enquête historique, Huzar apparaît moins farfelu et isolé qu'au premier abord. À son époque, les craintes climatiques, la peur des accidents ferroviaires, l'inquiétude suscitée par les vaccins étaient courantes. Cependant l'originalité de Huzar fut d'unir toutes ces appréhensions pour montrer que le progrès scientifique engendre risques et incertitudes : le XIXe siècle n'a pas été uniquement et aveuglément progressiste.

 

Certes Huzar ne se départit pas de cette grande confiance en la science, caractéristique de son temps, mais, selon lui, elle n'anticipe pas les conséquences de son omnipotence. Il propose alors la création d'écoles spéciales, pour étudier les lois du Globe, et d'une assemblée internationale d'édiles, chargée d'autoriser ou d'interdire certaines activités humaines. Prémices des comités d'éthique et du principe de précaution ? Sur le papier, en quelque sorte.


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© Famille Huzar
© Famille Huzar
Eugène Huzar, avocat, scientifique amateur et... catastrophiste.

L'auteur

Bénédicte Leclerc est rédactrice en chef adjointe du magazine Les Génies de la Science.

Pour en savoir plus

Eugène Huzar, La fin du monde par la science, textes choisis et annotés par J.-B. Fressoz et Fr. Jarrige, Postface, B. Latour, éditions Ère, 2008.
               

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